Laurence Dupont

Bob Bloomfield du Musée d’Histoirenaturelle de Londres - Dans le sillage du capitaine Cook

Les anciens explorateurs continuent de fasciner bien des scientifiques. Dernièrement, Bob Bloomfield, directeur du service des programmes publics de l’éducation et des expositions du Musée d’Histoire naturelle de Londres, était en Polynésie française, sur les traces du capitaine James Cook. Il a passé sept semaines dans les îles de la Société, afin de créer un CD, puis un site web avec des images recensant différentes espèces végétales prises aux endroits que le célèbre navigateur a visités.

Son chapeau est digne d’un des célèbres héros de « La dernière croisade » de Steven Spielberg, sauf qu’il n’est pas armé d’un fouet, mais d’un appareil photo numérique et d’un ordinateur portable. Est-ce un aventurier des temps modernes ? Oui et non. Bob Bloomfield est un chercheur venant tout droit du Musée d’Histoire naturelle de Londres où il exerce comme responsable du département éducation. Lui-même se qualifie en tant «qu’expert en matière de communication et de science ».Dernièrement, celui ou celle qui a pris le temps de flâner dans les îles de la Société a pu le rencontrer, entre deux missions, peaufinant ses prises de vue et scrutant la flore tropicale afin de réaliser un CD et un site internet.

Son escale de sept semaines en Polynésie française n’a rien du hasard. Au contraire, c’est guidé par un aventurier d’une autre espèce, vivant à une époque où les cartes marines n’étaient qu’approximatives et où la terre renfermait encore bien des mystères, qu’il s’est glissé dans le sillage d’un navire de la Royale Navy effectuant une mission autour du globe ; le capitaine de l’expédition étant le célèbre navigateur Cook lors de sa première circumnavigation.

Art et science

Pour Bob Bloomfield, l’aventure a démarré il y a un an, lors de l’obtention d’un prix spécial qui lui a donné le droit d’avoir une bourse de la NESTA (National endowment for science technology and the arts ou Dotation nationale pour la technologie de la science et des arts). Et c’est tout naturellement qu’il a décidé « d’employer cet argent pour retracer le premier voyage du capitaine James Cook dans le dessin de créer un site internet avec des images botaniques prises aux endroits que le navigateur a visités », précise-t-il.

Le site web combinera la vidéo et la photographie. Il formera un lieu attrayant et convivial dans lequel le néophyte comme l’amateur pourront, de façon ludique, découvrir le travail de Bob Bloomfield à travers le prisme des découvertes de Cook. Et pour ne pas concevoir un énième document historique sur le capitaine, notre chercheur a choisi un angle original, en se plaçant à la croisée des chemins entre l’art et la science.

L’internaute surfera donc, de continent en continent, d’île en île, via les illustrations réalisées par les artistes d’antan lors des expéditions du navigateur, mais aussi grâce aux photographies prises par Bob Bloomfield lui-même. Il y aura un va-et-vient permanent entre hier et aujourd’hui, l’art et la science. Les travaux des deux scientifiques, celui de James Cook et de Bob Bloomfield étant, de fait, intiment liés. Ainsi ce dernier avoue espérer que « le site internet devienne, lorsqu’il sera complet, un document historique, scientifique et artistique, de la même manière que le travail réalisé lors du voyage de Cook l’était ». Et de continuer : « Je souhaite aussi vivement qu’il incitera le public à s’intéresser davantage à l’histoire des sciences. »

3500 photos

À l’instar du navigateur, sur lequel il est intarissable, Bob Bloomfield a foulé les terres de Madère, de Rio de Janeiro et de la Terre de Feu — grâce en partie à l’aide de la Marine argentine. Arrivé en Polynésie française au début du mois de juin, il est resté une bonne partie de son séjour à Tahiti, mais n’a pas manqué de mener ses investigations dans d’autres îles, notamment à Bora Bora, Raiatea et Huahine, îles que James Cook a visitées en 1769.

Depuis le début de son périple, il a pris plus de 3500 photos représentant environ 1000 espèces botaniques différentes dont 400 spécifiques à la Société.

Le 3 juin, il a observé l’éclipse de lune, et du mont Aroai, il a pris des clichés du sommet de la montagne jusqu’à la mer pour avoir un aperçu des différentes espèces réparties d’amont en aval.

« J’ai aussi, continue-t-il, eu le privilège de voyager avec Charles Maufene qui m’a fait visiter les plantations d’oranges sauvages dans la vallée de la Punaru. C’était très intéressant car, c’est le capitaine Cook qui a introduit ces oranges lors de son deuxième voyage en Polynésie. J’ai trouvé ces plantations très bien conservées. Selon moi, elles illustrent le lien de la fascinante histoire entre le moment de l’arrivée des explorateurs européens et la Polynésie d’aujourd’hui. »

Personnage sensible

Chez James Cook, Bob Bloomfield admire le marin, le capitaine de navire, le cartographe et géographe qui a su susciter l’intérêt des Européens pour les terres méridionales, mais aussi l’homme en tant que tel. «Voyager sur les traces de Cook m’a permis de mieux connaître l’explorateur, et de comprendre la façon dont les Polynésiens appréhendent ce personnage historique. »

À cet égard, Bod Bloomfield a particulièrement apprécié son séjour scientifique à Huahine, car la culture polynésienne y est encore bien visible. « J’ai trouvé intéressant de voir les Polynésiens de nos jours utiliser les images et les schémas ethnographiques réalisées lors des voyages de Cook afin de redécouvrir leur propre culture. J’ai remarqué que le navigateur était souvent perçu comme un homme sévère, responsable des actions coloniales. Personnellement, je trouve ce jugement un peu dur. Je pense que James Cook était un personnage très sensible à la culture des peuples qu’il rencontrait, et qu’il était très circonspect à l’idée de voir changer ces peuples à cause de la colonisation. »

De retour dans le confort feutré du Musée d’Histoire naturelle de Londres, Bob Bloomfield continue sa mission, en classant, triant, répertoriant les milliers de photos qu’il a prises lors de son tour du monde. D’ores et déjà, il cherche à concevoir l’interface du futur site web de façon à ce qu’il soit accessible à un très large public du moment où celui-ci sait lire. Si la date de lancement sur la toile mondiale n’est pas encore arrêtée, Bob Bloomfield se donne encore douze mois pour tout mettre en place. Se posera ensuite la question de la traduction. Dans son périple, notre artiste-scientifique ne voudrait pas oublier, outre la version anglaise, une traduction en français, portugais, espagnol, mais aussi en indonésien et en reo maohi.

1 Bob Bloomfield, responsable du département éducation et exposition du Musée d’Histoire naturelle de Londres, s’accorde un petit moment de détente dans une pension de famille de Bora Bora, avant se reprendre ses investigations sur les traces du capitaine Cook.

2 Les photos ont été prises exclusivement aux endroits que le navigateur James Cook a visités. Elles marient l’art et la science et font office de recensement de différentes espèces végétales.

3 Quatre cents espèces végétales ont été recensées dans les îles de la Société.